Co-publicités, influenceurs réels, profils douteux… une stratégie ambitieuse qui soulève des questions
En scrollant sur Instagram un mardi matin, je tombe sur une pub. Puis une autre. Puis encore une autre.
Même produit. Même jaune solaire. Même café aux champignons adaptogènes. Mais à chaque fois : un compte différent.
Déformation professionnelle oblige, je clique sur chacun d’eux. Et là, la stratégie de Bonjour commence à se dévoiler dans toute sa sophistication… et ses zones d’ombre.
Dans ce nouvel épisode de ma série « Décryptage Ads », je t’emmène dans l’analyse complète de leur approche sur Meta : co-publicités, tunnel de conversion, influenceurs réels et… profils qui posent question.
La marque Bonjour
Bonjour, c’est une marque française de super café enrichi en champignons adaptogènes lion’s mane, chaga, cordyceps. Le positionnement est clair : remplacer le café classique par une boisson plus saine, sans le crash d’après-café, avec une promesse énergie stable et clarté mentale.
Le packaging jaune est immédiatement reconnaissable. La marque a un site soigné, un tunnel de conversion plutôt bien pensé, et une présence publicitaire massive sur Meta.
Bref, quelqu’un a fait ses devoirs côté marketing.

La stratégie : bien plus que de simples co-publicités
Ce qui frappe d’emblée en scrollant, c’est le volume de publicités diffusées. Mais en regardant de plus près, on réalise que la mécanique est en réalité plus complexe qu’il n’y paraît et c’est là que ça devient vraiment intéressant.
Deux types de diffusion distincts
En analysant les publicités une par une, on peut distinguer deux cas de figure bien différents.
Le premier : les vraies co-publicités Meta. Ce format permet à une marque de diffuser une pub depuis le compte d’un Creator ou d’un partenaire pas depuis son propre compte. Les deux noms apparaissent en en-tête (par exemple, on voit le compte du fondateur de Bonjour associé au nom de la marque), et l’algorithme combine les signaux des deux comptes pour optimiser la diffusion.
📌 Pour en savoir plus sur le fonctionnement des co-publicités, Meta a une page dédiée ici.
Résultats annoncés par Meta sur ce format :
–19 % sur le coût par action
+22 % sur le taux de conversion
C’est significatif. Et ça explique pourquoi une marque comme Bonjour l’utilise à cette échelle.
Le second : des publicités diffusées directement depuis d’autres comptes, sans la mécanique de co-publication. Ici, pas de double nom en en-tête la pub apparaît comme émanant uniquement d’un compte tiers. Ce cas de figure implique soit que Bonjour dispose de plusieurs pages Facebook/Instagram rattachées au même Ads Manager, soit qu’ils pilotent plusieurs Ads Manager distincts pour multiplier les points de diffusion.
Une stratégie multi-comptes complexe, et ses risques
Cette architecture publicitaire est ambitieuse. Elle demande un pilotage rigoureux : gérer plusieurs comptes publicitaires, harmoniser les créatifs, contrôler la cohérence des messages, suivre les performances de manière consolidée. Ce n’est pas à la portée de toutes les équipes.
Mais cette sophistication a un revers visible à l’œil nu : en quelques minutes de scroll, il n’est pas rare de tomber sur 4 ou 5 publicités Bonjour à la suite, issues de comptes différents. Ce qui, du point de vue de l’utilisateur, crée un effet de saturation réel.
Le taux de répétition global si l’on additionne tous les annonceurs qui diffusent pour la marque dépasse probablement largement ce que le seul compte officiel de Bonjour afficherait. Un risque de sur-exposition que Meta ne peut pas détecter et limiter de la même façon que sur un compte unique.
Les profils réels : une crédibilité bien exploitée
En cliquant sur les différents comptes qui diffusent les pubs de Bonjour, on retrouve des profils très variés.
Côté « vrais » influenceurs, deux exemples qui fonctionnent bien :
@eatopya, 60 000 abonnés, créateur de contenu sport et alimentation. Son reel pour Bonjour est authentique : il tient le paquet, il parle du produit en vidéo, il le teste. Ça ressemble à du contenu organique. C’est exactement ce que la co-publicité est censée produire.

@naturohigh, naturopathe spécialisée en fertilité au féminin, ~6 500 abonnés. Sa co-pub Bonjour s’affiche avec le visuel produit et un CTA direct. La cohérence thématique est réelle : bien-être, hormones, santé naturelle. L’audience fait confiance à ce type de profil pour des recommandations produits.

Ce que Bonjour fait très bien ici : choisir des profils dont la niche est alignée avec les bénéfices du produit (énergie, équilibre hormonal, performance cognitive). Ça renforce la crédibilité et améliore la pertinence algorithmique.
La zone grise : des profils qui interrogent
Mais en continuant d’explorer, on tombe sur autre chose.
@journal_bien_etre : 527 abonnés. 0 publication. 0 suivi(e). Un logo générique. Une bio vague : « Passionnés de santé holistique, nous vous partageons nos meilleurs conseils. »
Ce compte diffuse pourtant une co-publicité pour Bonjour sponsorisée, avec « Mon nouveau secret pour remplacer le café » comme accroche.

@sophie.coach.ventre.plat : 3 publications. 4 398 abonnés. 29 suivi(e)s. Un ratio abonnés/suivi(e)s qui soulève une question. Le compte a l’air d’avoir été créé pour une seule finalité : diffuser cette publicité.

@anais.coach.energie : 1 publication. 100 abonnés. 2 suivi(e)s.

Ce schéma se répète. Et il est difficile de ne pas se poser la question : est-ce que ces comptes sont de vrais Creators, ou des profils créés spécifiquement pour contourner les restrictions publicitaires Meta ?
Ce qui rend la chose encore plus troublante, c’est la variété des « masques » utilisés. Certains profils se présentent comme des coachs bien-être ou des naturopathes une niche qui inspire naturellement confiance sur les sujets santé. D’autres semblent calqués sur le modèle d’un média ou d’un compte éditorial (style « journal du bien-être »), ce qui leur confère une apparence de neutralité et d’autorité. Dans les deux cas, l’habillage est soigneusement choisi pour maximiser la crédibilité perçue ce qui rend le caractère potentiellement artificiel de ces comptes d’autant plus problématique.
Le vrai sujet : éthique ou stratégie ?
C’est là que ça devient intéressant et nuancé.
Du côté de la marque : une logique business compréhensible.
Meta a des règles strictes sur la publicité directe : catégories sensibles, fréquence de diffusion, ciblage… Les co-publicités et la diffusion multi-comptes permettent de multiplier les points de diffusion, de toucher des audiences différentes via des « voix » distinctes, et d’améliorer les performances globales de campagne.
Si ces comptes ont bien donné leur accord à Bonjour (comme le prévoit le mécanisme des autorisations de co-pub), la pratique est techniquement dans les clous de la politique Meta.
Et d’un point de vue pur performance, c’est redoutable : plus de comptes = plus de reach = plus de signaux = meilleur apprentissage algorithmique.
Du côté du consommateur : un problème de confiance.
Quand on voit une pub depuis le compte d’un Creator, on suppose qu’il a testé le produit, qu’il y croit, qu’il a un avis réel. C’est précisément ce qui différencie une co-pub d’une pub classique de marque.
Si ce compte n’existe que pour diffuser de la publicité sans audience réelle, sans historique de contenu, sans crédibilité construite qu’il soit habillé en coach, en naturopathe ou en faux média le contrat de confiance est rompu. L’utilisateur est trompé sur la nature du message qu’il reçoit.
⚠️ Meta l’indique clairement dans ses règles : la co-publicité doit refléter une collaboration réelle. Un compte créé uniquement pour servir de « vecteur publicitaire » s’approche d’une zone grise, voire d’une pratique trompeuse selon les législations en vigueur (notamment la directive européenne Omnibus qui encadre les faux avis et faux endorsements).
Le tunnel de conversion : là où Bonjour excelle vraiment
Mettons de côté la question éthique une minute, parce que sur le reste, Bonjour a clairement fait ses devoirs.
L’offre est redoutablement bien pensée :
- –55 % affiché en grand, immédiatement visible
- Garantie 60 jours satisfait ou remboursé (levée de frein majeure pour un produit nouveau)
- Urgence créée via les codes promo
- Reviews Trustpilot mis en avant
Les créatifs sont variés et adaptés :
- Vidéos UGC (style témoignage authentique)
- Visuels produits lifestyle sur fond jaune signature
- Reels musicaux avec le packaging en situation
La landing page : je l’ai testée. Elle est claire, orientée conversion, avec une hiérarchie visuelle bien pensée et un parcours d’achat sans friction majeure.
Bonjour sait convertir. La publicité fait le job, le tunnel fait le job. Ce n’est pas anodin pour une marque dans une catégorie (super-aliments, substituts café) qui reste encore niche en France.
Verdict : une stratégie puissante, mais qui joue avec le feu
Ce que Bonjour fait vraiment bien :
- Une identité de marque forte et cohérente
- Une stratégie de co-publicités ambitieuse avec des vrais Creators pertinents
- Des créatifs variés, un tunnel converti efficacement
- Une offre commerciale claire et incitative
Ce qui pose question :
- Des profils co-diffuseurs aux abonnés quasi-inexistants, sans historique de contenu réel
- Une frontière floue entre « co-publicité avec Creator » et « compte fantôme publicitaire »
- Un risque réputationnel réel si la pratique est exposée publiquement
- Une tension avec les réglementations européennes sur la transparence publicitaire
La co-publicité et plus largement la diffusion multi-comptes sont des leviers puissants. Meta les a conçus pour rapprocher marques et créateurs de contenu authentiques. Utilisés avec de vrais Creators, c’est une stratégie gagnante pour tout le monde : la marque, le Creator, et l’utilisateur. Utilisés comme simple mécanisme de multiplication publicitaire via des comptes vides ou fabriqués, le bénéfice reste court terme. Et le risque, lui, est bien réel.
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